HAUPTMANN (G.)


HAUPTMANN (G.)
HAUPTMANN (G.)

L’œuvre de l’Allemand Gerhart Hauptmann est marquée par l’incapacité de son auteur à maîtriser une pensée claire, logique et rectiligne; Thomas Mann caricaturera cette incapacité dans son roman La Montagne Magique (Der Zauberberg ) sous les traits de Mynheer Peeperkorn. La vie de Hauptmann comme son œuvre se déroulent à deux niveaux interférant sans cesse: d’une part la réalité du monde quotidien, de l’autre le monde du rêve, qui, pour l’écrivain, représente le seul moyen de supporter le tragique de la vie, et qui occupe une place toujours croissante dans son œuvre.

«Les Tisserands» et la période naturaliste

Hauptmann naquit à Ober-Salzbrunn, petite ville de Silésie. Son grand-père était tisserand, ses parents dirigeaient un hôtel. Son enfance est marquée par l’atmosphère piétiste qui régnait dans sa famille. Il fait des études de sculpture et de dessin, se marie une première fois en 1885, divorce en 1904 et se remarie la même année; le thème du mariage et celui de l’homme tiraillé entre deux femmes reviennent fréquemment dans son œuvre – par exemple dans Le Garde-Barrière Thiel (Bahnwärter Thiel ), ou encore dans Rose Bernd. Pendant la période du national-socialisme, il demeurera en Allemagne où il devait mourir, à Agnetendorf.

La carrière d’écrivain de Hauptmann commence à une époque où la littérature allemande se détourne du réalisme du XIXe siècle pour tenter une approche «objective» de la réalité. La période naturaliste de Hauptmann durera – et ce n’est pas un hasard – jusque vers 1904, date de son second mariage.

Ses deux premiers drames, Avant le lever du soleil (Vor Sonnenaufgang , 1889) et Les Tisserands (Die Weber , 1893) mettent en scène la masse des travailleurs réduits à l’esclavage et à la famine, opposés à une classe de riches parvenus. Les Tisserands furent interdits lors de leur parution; pourtant, comme l’écrit Fontane, «la pièce est un double avertissement dirigé à la fois vers le haut et vers le bas, et qui s’adresse à la conscience des deux partis». Bien qu’ayant une tragédie sociale pour sujet, Les Tisserands ne sont pas un drame révolutionnaire ni même socialiste comme on l’a cru à l’époque, car Hauptmann y prêche la résignation. Cette pièce qui manque sans doute un peu d’originalité est pourtant le premier «drame de masse» de la littérature allemande: certes il y subsiste bien des héros, mais pas dans le sens traditionnel du terme. En effet, lorsque l’un des personnages se détache de la foule, il se contente de parler au nom de celle-ci et non pour lui-même. Cependant, il garde une certaine individualité, et, dans cette mesure, la manière dont Hauptmann manie les foules est très différente de ce que fera l’expressionnisme un peu plus tard.

Si l’écrivain est influencé par le naturalisme, on rencontre déjà à cette époque certains thèmes qu’il développera par la suite de façon plus personnelle, ainsi le problème de l’hérédité, que l’on retrouve si fréquemment chez Zola. Les personnages de la période naturaliste de Hauptmann sont eux aussi chargés d’hérédité: ils vivent dans un milieu malsain intellectuellement et physiquement, le plus souvent parmi des idiots ou des ivrognes. Marqués par leur ascendance, la vie en commun finit par les rendre tous semblables les uns aux autres, même s’ils ne parviennent pas à communiquer («Il n’y a rien de plus terrible pour ceux qui se connaissent que de rester des étrangers l’un pour l’autre», écrira Hauptmann). Pourtant chez Hauptmann l’homme n’est pas entièrement déterminé par son hérédité comme chez Zola; il lui reste au moins la volonté, et on trouve toujours au fond de chaque individu une couche trop profonde pour être ainsi déterminée.

Si peu de traits rencontrés jusqu’ici font de Hauptmann un écrivain réellement original, cependant des thèmes apparaissent qui vont prendre de plus en plus d’importance dans son œuvre: ainsi la révolte des tisserands n’est pour l’auteur qu’une forme d’évasion (il emploie le terme de Sehnsucht qui signifie tout à la fois aspiration, ferveur, nostalgie). S’évader du monde dans lequel ils sont pris est précisément ce à quoi aspirent le plus fortement ses héros et c’est ainsi que de plus en plus ils vont vivre dans un univers mythique.

La recherche d’un autre monde

«Pippa incarne la beauté avec toute sa force mais aussi avec tout ce qu’elle a d’éphémère. La beauté est symbolisée par le verre et comme lui elle brille, mais un rien suffit pour la briser», a écrit Hauptmann à propos de sa pièce Et Pippa danse! (Und Pippa tanzt! 1906). Huhn, qui nous introduit dans le monde du mythe va justement briser Pippa: c’est une espèce de bête en quête de la beauté, mais il n’est sensible qu’à la beauté sensuelle de Pippa.

Quant à l’amour que Michael Hellriegel, adolescent rempli d’espoir, voue à Pippa, idéal de la beauté méditerranéenne, c’est l’éternel élan qui pousse l’Allemagne vers l’Italie, l’amour de Faust pour Hélène, Hauptmann à l’école de Rome. Mais Michael est un idéaliste qui ne peut appréhender la réalité; Pippa représente son rêve, sa poésie, et ce rêve finit par disparaître, car Michael ne sait pas le retenir: Pippa meurt en même temps que Huhn, l’exalté dionysiaque, mais Michael peut continuer à vivre au-delà de lui-même dans son mythe. Au moment de la mort de Pippa, il devient aveugle sans cesser de voir Pippa. Le vieillard Wann unit Michael avec l’ombre de Pippa, et Michael s’en va, voyant Pippa danser: «Et Pippa danse!» constate Wann.

Le symbolisme singulièrement éclatant de cette pièce est pour l’auteur la réponse à son sentiment de la détresse du monde, sentiment qu’il éprouve avec une particulière acuité après la Première Guerre mondiale, qui est pour lui synonyme d’effondrement de la conscience morale et religieuse, de chute de la culture européenne. Son passage du naturalisme au symbolisme correspond à une transformation de sa conception du monde qui s’apparente au pessimisme de Wagner.

L’impossibilité d’agir

«Car l’homme n’est capable que de souffrance, il ne peut agir.» Cette phrase, extraite d’Indipohdi (1920), nous plonge d’emblée dans l’essence du pessimisme hauptmannien. «Au fond, je suis d’une nature gaie, mais cependant dès mon enfance, j’ai ressenti l’horreur de l’existence au sein de cet univers monstrueux», déclara un jour Hauptmann à Behl. Le terme même de «vie» est pour lui synonyme de souffrance, et dans Iphigénie à Delphes (Iphigenie in Delphi ) il écrit: «Le monde porte la moindre part des maux, l’homme la plus grande.»

Le sentiment du tragique de la vie est identique chez les écrivains naturalistes et chez Hauptmann; mais alors que pour les premiers ce tragique est fait avant tout d’une misère matérielle et sociale, Hauptmann le découvre dans la détresse morale et intellectuelle de l’individu, dans ses incapacités physique et psychique qui l’empêchent de se réaliser. Les personnages de Hauptmann ne font preuve d’aucun héroïsme qui les pousserait à entreprendre un combat contre leur destin: ils n’ont aucun idéal pour lequel ils pourraient mettre leur vie en jeu. Même la révolte des tisserands n’est qu’une Sehnsucht ; le mot ne porte en lui aucune notion d’action: cette révolte n’est qu’une nostalgie de la vie libre. Lorsque, comme dans Les Tisserands, il se produit une tentative d’action, il n’y a jamais aboutissement: l’origine des personnages, leurs faiblesses et leurs aptitudes même constituent autant de barrières sur le chemin qui les mènerait à la réalisation de leurs aspirations. L’univers hauptmannien est celui de l’impuissance dans l’action, et ses héros sont des héros de la souffrance. S’ils sont parfois méchants, c’est uniquement parce qu’ils sont poussés par leur destin. «La question est la suivante: sommes-nous responsables de ce qui nous arrive? Pouvons-nous en changer le cours ou non? Non, car nous n’en sommes pas responsables. Au moins, cela nous enlève-t-il le sentiment d’être coupables», dit Hubert dans Dorothée Angermann (Dorothea Angermann, 1926).

C’est dans la souffrance que réside le besoin de rédemption de l’homme: cette nécessité est symbolisée par la recherche du monde du soleil dans Et Pippa danse! (le surnom de Pippa signifie «la petite étincelle»), par la recherche de la pureté dans Pauvre Henri (Der arme Heinrich , 1902). Au fond de chaque homme repose le désir d’atteindre un certain degré de perfection qui permettrait une conciliation des formes extérieures et des données intérieures, mais cette aspiration demeure le plus souvent inassouvie; il ne reste alors que l’extase ou encore la mort, seule véritable délivrance: «La mort est la plus douce forme de vie, la pièce maîtresse de l’amour éternel; la plus difficile est de survivre», constate Michael Kramer au bord de la tombe de son fils.

Il serait vain de chercher chez Hauptmann une pensée originale, mais l’homme et l’œuvre sont attachants par la vérité profonde d’une contradiction apparente entre le pessimisme total qui fut aussi celui de la bourgeoisie de l’époque et l’inépuisable vitalité d’une œuvre multiple qui fait de Hauptmann une personnalité à la fois «primaire» et écrasante: souvent un artiste, jamais un penseur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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